Archéologie

Almeria Omeyyade (VIII-XIe siècles)

Bien que terre d’Islam, la civilisation d’Al-Andalus soit cosmopolite, composée de nombreuses populations aux cultures diverses.

Encore aujourd’hui peu de documents authentiques, textes et autres sources d’information au sujet de la ville d’Almeria nous sont parvenus. La ville d’Almeria est une ville réticulaire à l’origine. On peut donner un exemple de texte disparu: l’œuvre du médecin et historien almérien Ibn Hâtima, auteur d’une histoire d’Almeria aujourd’hui perdue et intitulée Maziyyat al-Mariya calâ gayrihâ min al-bilâd al-andalusiyya (« La suprématie d’Almeria sur d’autres villes d’al- Andalus »). Cependant, ce texte est bien postérieur à la période qui nous intéresse ici c’est-a-dire la période Omeyyade, plus largement entre 711 et 1031. Ces dates correspondent à l’année de fondation d’Al Andalus et l’année marquant la fin du califat Omeyyade de Cordoue. Ce texte perdu serait en fait daté du XIVe siècle, soit des siècles plus tard.

Almeria était une ville d’intellectuels, on a connaissance de la présence de trois savants à Almeria entre 711 et 961 et vingt-huit entre 1008 et 1058. Concernant la toponymie, le nom d’Almeria proviendrait de l’arabe « Al-Mariyya » : « le miroir », sous-entendu « le miroir de la mer ». Cependant, plusieurs autres hypothèses existent : le nom pourrait dériver du terme arabe « Al-Mara’a » qui signifie « la tour de garde », ou encore « Al’-Ameriyya » soit la ville d’Abu’Amir, patronyme d’Al-Mansur…

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Almeria reçoit le statut de ville en 955 par Abd al Rahman III lorsque celui-ci y fit construire l’Alcazaba, une citadelle pour fortifier le port après des attaques chiites. On sait qu’ une tour de surveillance existait déjà au VIIes. Néanmoins on n’a pas retrouvé de trace archéologique de la tour, mais elle devait être placée en hauteur.

La ville possédait également un chantier naval. La ville va alors prospérer grâce à son port et ses chantiers navals, créant un lien commercial important vers l’Afrique et autres destinations. Almeria fait partie des principaux ports d’exportation vers l’Orient, en particulier l’Égypte, et l’Europe chrétienne. La ville va alors s’étendre et des faubourgs vont se développer. C’est en Andalousie que l’influence arabe est la plus marquée, après presque huit siècles de présence dans la région. Aujourd’hui encore, dans les rues de la vieille ville on voit toujours les vestiges de la civilisation arabe. Après la chute des Omeyyades de Cordoue, Almeria fut conquise par le royaume taïfa de Murcie, puis par les Almoravides. La ville fut conquise en 1147 par Alphonse VII, roi de Castille avant d’être reprise par les Almohades et ensuite intégrée dans le royaume de Grenade au XIIIes. Almeria redevint catholique en 1489, et ce jusqu’à aujourd’hui. Cette période de bouleversements profonds entraîna un certain déclin économique de la ville, avant que celle-ci ne se développe davantage.

La ville est située dans une zone géographique hétérogène où se côtoient mer et désert, et possède une des terres les plus fertiles du continent. Almeria est au sud-est de la péninsule ibérique et est située sur le littoral méditerranéen. Aux alentours de la ville, les terres sont arides, les lagunes abritent une faune variée et de nombreuses espèces végétales. Le climat est subtropical, méditerranéen, chaud et sec. La zone est délimitée par le mont Gádor à l’ouest, la montagne Alhamilla au nord et est bordée par le fleuve Andarax. Le littoral d’Almeria est abrupt et rocheux et possède de rares criques qui ont été utilisées comme embarcadères dès l’Antiquité. L’actuelle province d’Almeria correspondait aux débuts de l’époque islamique à la kûra de Baggâna soit la région Pechina-Almeria.

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De nombreux vestiges de la période omeyyade nous sont parvenus. On compte parmi eux l’Alcazaba, la citadelle de la ville. En 955, Almería gagne donc le statut de médina (ville) grâce au calife Abd al- Rahman III avec la construction de la citadelle défensive, située dans le secteur haut de la ville. Cependant, l’existence d’une citadelle est attestée par des textes dès 913. Dotée de murailles et de tours, de maisons et d’une mosquée, la Alcazaba est également destinée à accueillir le siège du gouvernement local. On peut apercevoir l’Alcazaba d’Almería depuis n’importe quel lieu de la ville. Il s’agit de la plus grande des citadelles construites par les Arabes en Espagne. Le complexe est élargi sous Al-Mansur et, plus tard, sous Al-Jairan, premier roi de la taïfa d’Almería (1012 à 1028). L’Alcazaba possède trois enceintes fortifiées. La première enceinte correspond au premier camp musulman omeyyade et est utilisée comme abri pour la population en cas de siège. Des citernes ont alors été ajoutées. La première enceinte est séparée de la seconde par le Muro de la Vela (Mur de la voile), qui tient son nom d’une cloche, la Santa María de los Dolores, qui avertissait la population en cas d’événements tels que l’arrivée d’un navire dans le port ou un danger.

Vient donc la seconde enceinte qui est un lieu de résidence pour les gouverneurs, leurs soldats et leurs serviteurs et comprend également des bains, des réservoirs, des tentes. La citadelle est terminée par Hayrán, roi taifa d’Almería, au XIe siècle. Après la conquête chrétienne, les rois Catholiques la réformèrent. L’enceinte extérieure est la plus moderne de la forteresse. Après la conquête chrétienne d’Almería les Rois catholiques possèdent alors un autre château, construit dans le secteur le plus élevé de la ville et plus apte à résister à la nouvelle artillerie moderne et aux futures attaques. L’Alcazaba fut résidence royale et aujourd’hui le palais d’Al-Mutasin se conserve encore, avec toutes ses pièces, sa mosquée, transformée en église dès la fin du XVe siècle, et ses bains. Elle n’a qu’une seule porte d’accès, presque invisible du fait des énormes murailles,  et de  vastes   pièces aux plafonds voûtés et aux portes   « gothiques ». Concernant les maisons de la citadelle, chacune possédait une cuisine avec un foyer, une salle commune et une salle de réception. Il faut noter que l’espace public se distinguait de la zone des services. Des points d’eau et de la verdure contribuaient à l’embellissement du complexe.

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Autre élément marquant de la période Omeyyade : la grande mosquée d’Almeria, aujourd’hui l’Église de San Juan Evangelista. L’Église a été construite au début du XVIIe siècle sur une partie du terrain qu’occupait l’ancienne Grande Mosquée détruite par le tremblement de terre de 1522. La grande mosquée se trouvait éloignée de la citadelle, peut être à cause de la topographie du site. L’Église conserve les restes du mur de la qibla et le mihrab, avec une décoration Almohade du XIIe siècle. Dans son état final, la mosquée semblait avoir comporté sept nefs perpendiculaires à la qibla. Les structures architecturales se rapprochent de celle de la grande mosquée de Cordoue l’El-Hakim II. Dans la zone de la frise supérieure, le motif d’emboîtement de polygones lui, paraît emprunté à l’Algaferia. Le mihrâb d’Almeria est le seul témoignage contemporain qui puisse être comparé au mihrâb de Cordoue, il en est directement inspiré même si on note des différences dans les détails ce qui suggère qu’il a été exécuté par un autre atelier. Cette mosquée révèle combien l’art d’Almeria dépend de celui de Cordoue.

À Almeria la présence de citerne dans la cour de la mosquée a été attestée, de même qu’une Musalla, ce qui se rapproche le plus d’un oratoire à ciel ouvert. Ce lieu permettait de rassembler l’ensemble de la population urbaine. Les canalisations de la ville sont également de période islamique. Les Aljibes (puits) de Jayran furent construites au XIe siècle. Elles servaient pour l’approvisionnement public de l’eau de la cité et elles sont divisées en trois nefs. Il y avait également un dar al-tiraz c’est-a-dire un atelier où l’on fabrique des tissus de soie richement ornés qui servirons a confectionner des vêtements. C’est un atelier qu’on retrouve généralement dans les grandes villes. Se trouvait également un cimetière intra-muros. Le cimetière de la musalla était utilisé à partir du Xe siècle mais il va progressivement être abandonné au profit d’un autre cimetière. Ce nouveau cimetière était placé à l’extérieur de l’enceinte urbaine. Le magbarat bab baggana était alors le cimetière de la porte de Pechina à Almeria. C’était un cimetière très important.

Concernant les infrastructures de la ville en elle-même, plusieurs rues ont gardé leur authenticité encore aujourd’hui. La Calle de la Almedina est une rue très importante durant l’époque musulmane, elle constituait le début du chemin depuis le village de Pechina jusqu’à la porte du même nom dans la cité (aujourd’hui Puerta de Purchena), la principale entrée de la ville.

La Calle de Las Tiendas quant à elle est une rue musulmane typique et originale de la cité, qui mène au chemin de Pechina, située dans le centre historique. Elle fut une des zones commerciales, principalement du marché de la soie durant la présence musulmane.

La Plaza de la Constitución fut le souk durant l’époque musulmane avant d’être transformé en place au XIXe siècle.

Le Quartier de l´Aljibe (Al-Hawd), actuellement Pescadería-La Chanca, était l’ancien quartier musulman Au-Hawd, qui signifie “citerne”. Son nom est dû à la citerne qui y existait à cette époque. Le quartier s’étend depuis l’Avenue del Mar jusqu’au Barranco del Caballar, et il était habité par les pêcheurs, marins et commerçants du port de l’Ouest.

La Muraille Califale se trouvait près de la Calle Atarazanas. Elle date de l’époque de la fondation de la cité (Xe siècle). Sa fonction était de fermer l’antique quartier de La Medina.

La Porte de Purchena quant à elle est aujourd’hui devenue une place située au centre de la ville d’Almeria. La porte était jadis la plus importante de la ville. À l’origine le nom de la porte était «Pechina» mais son nom fut changé après la conquête par les rois Catholiques qui confondirent Pechina avec Purchena. La porte disparut après la démolition de la muraille en 1855, ce qui permit la création d’une place.

La Médina est le centre historique de la ville. Les autres rues principales étaient celles de Cruces Bajas, Santa María, San Antón et San Juan. Pour ces routes principales, la largeur était assez mince (ne dépassant pas 3 m). Des rues secondaires ont été greffées, plus étroites et plus sinueuses, elles-mêmes divisées en des ruelles parfois sans issue (comme la rue de Santa Maria).

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Tous les bâtiments étaient placés en accord avec ces rues étroites, ce qui fait que le tout paraissait comme agglutiné. Les fouilles archéologiques nous ont donné également de plus amples détails sur les modes de vie des contemporains de cette période. On note donc l’implantation assez massive des bains arabe dans les villes telles que Grenade, Cordoue, Malaga ou encore Almeria. Ces bains étaient présents tant dans la citadelle que dans la ville pour que la population puisse en profiter.

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Almeria était donc une ville riche en infrastructures ce qui permet aux archéologues d’aujourd’hui de comprendre une partie de la vie des habitants de cette ville à l’époque Omeyyade.

-Olympe-

Bibliographie :

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Sitographie :

http://www.andalucia.org/fr/destinations/provinces/almeria/ https://fr.wikipedia.org/wiki/Almer%C3%ADa https://www.diariodelviajero.com/espana/la-alcazaba-de-almeria https://www.rutasconhistoria.es/loc/alcazaba-de-almeria http://atalayar.com/content/almer%C3%ADa-una-ciudad-isl%C3%A1mica https://www.turismodealmeria.org

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