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Le renouveau du Musée d’Arts de Nantes et la dynamique des espaces. Le Palais, la Chapelle de l’Oratoire et le Cube.

Bref historique du musée :

Le Musée d’Arts de Nantes fait partie des quatorze musées créés en 1801 par ordre de Napoléon Bonaparte. À ce titre environ 40 tableaux appartenant à l’état et étant jusqu’alors au Museum Central (musée du Louvre) sont attribués au musée de Nantes. Les fonds de ce musée nouveau-né sont alors assez minces. C’est en 1810 que la ville de Nantes marque un grand tournant en achetant une grande partie de la collection de François Cacault, un diplomate nantais. Ainsi la collection du musée se voit s’enrichir de 1155 tableaux, 64 sculptures et 10000 estampes. Malgré cet achat de masse, il n’y a toujours aucun lieu d’exposition pour ces œuvres. Les objets d’art sont alors dispersés un peu partout dans la ville : dans les bureaux de la mairie, à la préfecture, au tribunal civil ou encore dans des églises. Ce n’est qu’en 1830, soit 20 ans plus tard que l’on décide d’exposer ces œuvres au public à l’étage de l’ancienne Halle aux toiles, rue du Calvaire. Cependant, du fait des nombreuses acquisitions du musée lors de cette période, l’endroit devient vite trop étroit.

C’est en 1891 que la ville de Nantes décide enfin de construire un bâtiment dédié à l’exposition des œuvres, un musée des Beaux-Arts. Les travaux commencent donc en 1893 d’après les plans de Clément-Marie Josso, architecte nantais. Le « Palais des Beaux-Arts » est inauguré en 1900 offrant au public une façade extérieure, un escalier monumental et une verrière tout aussi splendides les uns que les autres, et qui seront par la suite classés au titre des Monuments Historiques.

Le musée que nous connaissons aujourd’hui est le fruit de nombreux travaux commencés des 2009. Six années de travaux ont été nécessaires à l’agrandissement du musée et à sa modernisation. Il en résulte tout de même une nette augmentation de la surface d’exposition de 30% ce qui n’est pas négligeable. Contrairement au choix d’un architecte nantais pour la construction du musée d’origine, c’est ici un cabinet d’architectes britanniques (Stanton Williams) qui a piloté le projet. Ce grand projet de remise au goût du jour du musée n’est pas seulement un chantier de restauration, mais aussi de construction, avec la fusion de la Chapelle de l’Oratoire et la construction d’un tout nouvel espace dédié à l’art contemporain: le Cube.

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Des espaces spacieux et variés :

Le hall d’accueil :

Lieu d’accueil du public et des curieux, le hall d’accueil du musée d’Arts de Nantes s’est modernisé afin de répondre aux besoins toujours plus variés de la clientèle. Sur la droite se trouve donc une boutique – librairie, élément que l’on retrouve dans beaucoup de musées de France, la boutique de souvenirs étant devenue presque une norme. Faisant face à cette boutique à l’exact opposé du hall se trouve un coin de restauration, un café qui fait également office de restaurant tant pour des clients extérieurs au musée que pour les visiteurs. Malgré ces deux éléments de taille, le hall garde toute sa grandeur et une certaine symétrie en ayant des pôles d’information et de billetterie de façon bien répartie au milieu de l’espace. L’effet de symétrie est d’autant plus renforcé par le Patio, espace dédié aux expositions temporaires qui se trouve en descendant, presque en face de l’entrée. De cet espace de transition entre l’extérieur et le musée, le public peut entrapercevoir une partie de l’escalier monumental qui le mènera aux salles d’exposition du vieux Palais.

Le grand escalier d’entrée :

Le grand escalier est composé deux petites volées faisant face à l’entrée (permettant de traverser la zone) et de deux volées partant à droite et à gauche. Cet ouvrage architectural est classé au titre des Monuments Historiques. Cet espace intermédiaire servant d’accès direct aux œuvres possède des murs peints d’un côté d’une scène pastorale et habillés de l’autre par une frise en bas-relief. Les volées débouchent chacune sur une entrée antiquisante composée de jeux de colonnes, de différentes moulures et décorations. Cet escalier magistral de pierre blanche donne donc accès aux salles du Palais, bâtiment qui regroupe les salles dont l’atmosphère du musée du XIXe siècle est toujours présente, et ce, même après les travaux d’agrandissement. On y retrouve donc des enfilades de salles dont le sol en parquet n’est pas sans rappeler le musée des Beaux-Arts de Lille par exemple. L’escalier étant conçu de pierre blanche (tuffeau ?) pour se fondre dans le décor, il en résulte un espace presque intégralement blanc et rempli de lumière grâce à la verrière du plafond (elle aussi classé au titre des Monuments Historiques) offrant une lumière directe en fonction de la position du soleil dans le ciel.

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Fig. 1 : vue de l’escalier monumental du musée d’Arts de Nantes.
© L’ARDEPA.

Les « anciennes salles » du Palais :

Les salles du Palais, principalement dédiées à l’art moderne ont été restaurées dans le ton des anciennes salles du musée du début du XXe siècle. Ces salles en enfilades au parquet grinçant ont été réaménagées afin d’exposer à la fois de la peinture, mais aussi de la sculpture au sein d’un même espace. Certaines salles ont été repeintes en blanc afin d’apporter plus de lumière et de donner une impression de grandeur, tandis que d’autres ont conservé leurs décors et leurs boiseries anciennes comme référence au musée d’origine. Certains espaces d’exposition ont été repensés, mais le plus grand travail a été d’exploiter la lumière naturelle qui était alors d’un potentiel non négligeable. Ce sont au total 3500m² de verrières qui ont été rénovées lors des travaux et remplacées par des couches de verre, toiles tendues et stores modulables afin de tirer un maximum de profit de la lumière naturelle. Cette nouvelle installation permet de contrôler la lumière tout en conservant « l’effet du nuage dans le ciel » et en ayant un impact significatif du point de vue énergétique : la consommation du bâtiment en est fortement réduite.

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Fig. 2 : Vue d’un nouvel espace d’exposition au Palais avant réinstallation des œuvres.
© Musée d’Arts de Nantes.

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Fig. 3 : Vue d’une salle rénovée dans le respect du musée d’origine.
© Musée d’Arts de Nantes.

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Fig. 4 : Vue d’une salle du Palais exposant peintures et œuvre contemporaine.
© Cécile Clos.

Le Cube :

Édifice inauguré en 2017, le Cube est une création qui abrite les collections d’art contemporain du musée d’Arts de Nantes. Ce bâtiment cubique qui porte bien son nom se divise en 4 niveaux et peut ainsi offrir une surface supplémentaire d’exposition à la hauteur de 2000m². Dans cet espace intégralement dédié au contemporain, la simplicité a été choisie concernant l’aspect des salles. Il s’agit en fait de grands espaces aux murs blancs, avec un sol gris, tirant vers un aspect de béton poli. Cependant ici aussi les peintures côtoient les sculptures et autres installations, comme pour certaines salles du Palais. Il n’y a pas de réelles barrières entre les espaces d’un même niveau. L’espace épuré nous plonge dans une ambiance industrialisée avec des tons métalliques qui se retrouvent un peu partout. Cependant, il est important de noter qu’il y a un lien fort entre l’architecture du Cube et celle du Palais, mais ce lien se voit principalement à l’extérieur des espaces d’exposition. Dans la zone de transition entre les différents « corps » du musée que sont le Palais et le Cube se trouve un gigantesque mur fait de marbre et de verre laminé, jouant avec la lumière et donnant de la clarté à l’espace. Les espaces d’exposition du Cube sont tels que la salle peut parfois sembler vide, mais aussi certaines fois trop chargée. Le Cube peut être considéré comme un trait d’union entre passé et présent, entre musée « classique » et « moderne ». Le visiteur peut alors suivre un parcours axé sur les grandes périodes artistiques en commençant par les salles axées sur l’art moderne, admirer des œuvres des grands peintres comme Guido Reni ou encore Georges de La Tour, puis finir sa visite avec de l’art contemporain. Pour cela, le visiteur n’a qu’à franchir une passerelle pour changer complètement d’ambiance.

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Fig. 5 : Vue de l’escalier entre les niveaux du Cube et mur de marbre.
© Musée d’Arts de Nantes.

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Fig. 6 : Vue d’un espace d’exposition du Cube.
© Nantaises.fr

La Chapelle de l’Oratoire :

Située à côté du musée d’Arts, la chapelle trône sur la place de l’Oratoire, construite au XVIIe siècle. Comme le nom l’indique, le bâtiment était à l’origine à vocation religieuse. De plan simple, la chapelle reprend le plan de la croix latine, sans collatéraux ni déambulatoire. C’est en devenant un bien national en 1772 que cette chapelle cesse d’être un lieu de culte pour devenir à tour de rôle : siège de tribunal criminel, hôpital, salle de concert ou encore caserne de gendarmerie. Et pourquoi pas lieu d’exposition après tout ! C’est donc en 1963 que la ville de Nantes rachète le bâtiment (pour 1 franc symbolique) et en 1989 la Chapelle ouvre au public. Le projet du nouveau musée prévoyait de fusionner les bâtiments avec la chapelle, afin d’augmenter toujours l’espace d’exposition. Étant tout de même éloignée du corps central (le Palais) et accessible via des petits couloirs et un certain nombre d’escaliers, la Chapelle de l’Oratoire est devenue un lieu dédié aux expositions temporaires consacrées à l’art contemporain et aux performances. Concernant l’extérieur du bâtiment, la façade rajoute encore plus de cachet au nouveau complexe muséal en nous dévoilant un bel exemple de l’architecture de la Contre-Réforme. Comme expliqué plus haut, la chapelle est de plan en croix latine simple, ce qui permet d’avoir une grande surface libre une fois l’espace vide. Ce volume d’espace libre est particulièrement propice à l’exposition d’œuvres d’art, sans compter le décor architectural qui apporte un côté irréel et spirituel à certaines expositions qui se sont tenues en ce lieu.

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Fig. 7 : Vue de l’intérieur de la Chapelle de l’Oratoire.
© Yelp.

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Fig. 8 : Vue de l’intérieur de la Chapelle de l’Oratoire, exposition « Les messages de l’art ». © Jean-Pierre Dalbéra.

Le sous-sol, le vestiaire et la salle de conférence:

Pour sortir de l’étiquette vieillissante du musée des Beaux-Arts traditionnel, le Musée d’Arts de Nantes s’est développé vers de nouveaux axes, principalement envers les différents publics et surtout les jeunes. De nouveaux espaces ont été créés comme des espaces pédagogiques en sous-sol qui permettent de mettre en place divers ateliers, mais ces espaces pédagogiques se retrouvent désormais au sein même de certaines expositions temporaires (un espace est réservé à cet usage). Ayant peu d’espace disponible dans les niveaux supérieurs, c’est donc au sous-sol que se trouvent les différents espaces et services mis à disposition du visiteur. On y trouve donc un vestiaire libre d’accès, des lieux de commodités, mais aussi des salles de réunion. L’intérêt de ce sous-sol est qu’il tranche fortement avec l’architecture et l’ambiance des niveaux supérieurs. Ici le visiteur a l’impression de se trouver dans une cave, à l’abri de la lumière blanche parfois agressive et de la chaleur qui peut régner dans le hall. Les murs blancs laissent place à des murs en pierre tout en gardant un côté moderne grâce au plafond blanc et aux deux volées d’escaliers en fer forgé noir. Comptant parmi les nouveautés liées à l’intégration du public dans la vie muséale, un auditorium de 144 places a été construit, permettant la tenue de réunions, conseils, conférences et même de concert. Trouver de la place en sous-sol a été un bon moyen pour s’équiper en infrastructures pédagogiques et publiques. Malgré tout, cet espace est assez peu emprunté par les visiteurs comparé au reste du musée : tout le monde n’a pas forcément besoin d’aller déposer un manteau ou d’assister à une conférence, ce qui est dommage. Cet espace demeure calme, sans trop de passage, ce qui est bénéfique pour le visiteur qui souhaite faire une petite pause hors du bourdonnement sonore des jours de grande affluence.

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Fig. 9 : Vue du sous-sol.
© Musée d’Arts de Nantes.

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Fig. 10 : Vue de la salle de conférence.
© Musée d’Arts de Nantes.

Le Patio :

Présent au sein du Palais, la cour centrale, couverte et rebaptisée le Patio est LE lieu consacré aux expositions temporaires, aussi bien d’art moderne que contemporain. La cour est couverte d’une verrière à l’éclairage zénithal et donne accès à un double circuit de galeries qui l’entourent, au rez-de-chaussée et au premier étage. Cette répartition architecturale n’est pas sans rappeler le patio du musée des Beaux-Arts de Lille qui suit un fonctionnement similaire. Le Patio que l’on pourrait également baptiser « Salle des Arcades » est entièrement blanc. L’espace libre est tel qu’il laisse une grande liberté à la fois aux artistes, mais aussi aux commissaires d’expositions et aux monteurs quant à la mise en place d’expositions temporaires. On obtient ainsi lors d’une exposition un espace de circulation qui reste important afin de faciliter la visite des individus et de garder une distance de sécurité face aux œuvres. Seul petit bémol, la lumière naturelle entrant au Patio et reflétant sur les murs blancs peut parfois être un peu criarde, ce qui peut altérer la vision des œuvres.

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Fig. 11 : Vue du Patio.
© Musée d’Arts de Nantes.

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Fig. 12 : Vue du Patio. Montage de l’exposition « Nicolas Regnier, L’homme libre ».
© Ouest France.

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Fig. 13 : Vue du Patio. Exposition « Nicolas Regnier, L’homme libre ».
© Olympe.

 

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Le musée d’Arts de Nantes est il un musée agréable à visiter ?

Étant une grande adepte des visites de musées sur mon temps libre, le musée d’Arts de Nantes est un espace que j’ai parcouru de nombreuses fois. Pour conclure cette étude, je dirais que ce nouveau musée d’Arts de Nantes a de nombreux points positifs, mais également certains points négatifs. Dans un premier temps, concentrons-nous sur les points positifs : le musée propose à la visite de nouveaux espaces, tous différents, qui nous rappellent sans cesse le lien entre l’ancien et le neuf, l’art moderne et le contemporain. Lors de ces travaux d’aménagement qui ont duré près de six ans, une grande réflexion sur la place de la lumière dans le musée a été faite, la lumière a ici été repensée et optimisée tant pour les œuvres que pour le public en général. Nous l’avons vu plut tôt, la scénographie a également été repensée, permettant d’innover concernant l’accrochage des œuvres : que l’on se trouve dans le Palais ou bien dans le Cube, l’ambiance qui s’en dégage n’est pas du tout la même. Malgré tous ces travaux centrés sur le musée en lui-même, le nouveau musée se veut plus proche de la vie des gens, améliorant les aspects pédagogiques, mais aussi en créant un lien direct entre l’intérieur et l’extérieur. En effet, des œuvres sont visibles depuis la rue Clemenceau mais aussi Gambetta. Le musée veut mettre en avant une approche plus ouverte à la ville, plus contemporaine, tout en gardant un lien perpétuel entre les deux périodes artistiques majeures exposées ici.

Cependant ce musée remis au goût du jour n’a pas que des points positifs. En effet, si la surface d’exposition a été augmentée de 30% environ, il en résulte que le visiteur a tendance à quelque peu s’y perdre. La structuration du vieux Palais avec un double jeu de galeries intérieures et extérieures participe à la création d’un sentiment d’égarement. Il en est de même concernant l’accès au Cube et surtout à la Chapelle de l’Oratoire, dont l’accès et la circulation intérieure paraissent être un labyrinthe pour les nouveaux visiteurs.

***

-Olympe-

Références presse :

https://www.lemonde.fr/culture/article/2017/06/21/le-musee-d-arts-de-nantes-une-collection-de-dons-et-d-audaces_5148902_3246.html

https://www.20minutes.fr/nantes/1961711-20161115-nantes-nouveau-musee-arts-ouvrira-23-juin-prochain

https://www.lequotidiendelart.com/articles/11023-le-mus%C3%A9e-d-arts-nantes-rouvre-apr%C3%A8s-six-ans-de-travaux.html

https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/nantes/nantes-musee-arts-rouvrira-juin-2017-apres-six-ans-travaux-1131551.html

https://www.nantes.fr/musee-arts

https://museedartsdenantes.nantesmetropole.fr/musee-architecture

https://www.nantaise.fr/reouverture-musee-arts-nantes/

Bibliographie :

LEVY Sophie (dir.), Musée d’arts de Nantes : Le guide des collections, Snoeck, Heule, 2017.

STANTON Williams, Le musée d’arts de Nantes, Archibooks, Paris, 2017.

Magazines :

Dossier de L’Art, n°250, Le Musée d’Arts de Nantes, juin 2017.

Connaissance des Arts, Hors Série, Le musée des beaux arts de Nantes, 6 juillet 2017.

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