Histoire de l'Art

-Représenter la guerre- Louis XIII, d’après Simon Vouet.

Simon Vouet (d’après), Louis XIII, XVIIe siècle, huile sur toile, 163 x 154cm, Musée du Louvre.

Le tableau intitulé Louis XIII ou encore Louis XIII entre deux figures de femmes symbolisant la France et la Navarre est une huile sur toile réalisée au XVIIe siècle. Il s’agit là d’une œuvre qui est reconnue étant d’après le peintre Simon Vouet. Nous pouvons aujourd’hui observer ce tableau au musée du Louvre, au département des peintures françaises et plus spécifiquement dans la salle 12 consacrée aux peintres de Louis XIII. Nous ne connaissons pas l’année exacte de sa réalisation, mais certains indices dans les archives laissent penser qu’un prototype du tableau a été réalisé vers 1627. Cette composition serait en fait ce que l’on appelle une réplique d’atelier, mais l’œuvre d’origine signée Simon Vouet ne nous est pas parvenue. Ce tableau communément appelé Louis XIII est un bon exemple de la représentation de la guerre et du pouvoir dans l’art. Cette composition complexe nous fait passer un message fort, qu’il est à nous de comprendre ici.

Comme tant d’autres, ce tableau étudié ici représente un aspect historique très important des XVIe et XVIIe siècles. Depuis l’accession des Bourbons au trône (Henri IV en 1589, père de Louis XIII), une union des couronnes se met doucement en place et les rois de France deviennent également rois de Navarre. Il a fallu plusieurs siècles pour cela, englobant des alliances, tensions et coups de force. Les deux royaumes sont unis de manière personnelle par le souverain jusqu’en 1620, date à laquelle Louis XIII profite des guerres civiles qui l’opposent à une partie de ses sujets protestants pour rétablir le catholicisme dans deux régions importantes : le Béarn et la Basse-Navarre. Louis XIII en profite également pour réunir de manière officielle ces deux territoires à la couronne. L’édit du 28 octobre 1620 (L’Acte d’Union, imposé par la force) officialise ce rattachement, même si les rois de France continuent à utiliser le titre de « roi de France et de Navarre ».

Armoiries du royaume de Navarre de 1234 à 1580.
Armoiries du royaume de France et de Navarre de 1589 à 1789.

Le portrait a toujours été un attribut de pouvoir pour les grands hommes. Le commanditaire est représenté dans toute sa gloire. Dans la veine de l’art des portraits, il existe une autre catégorie que l’on peut qualifier de portrait militaire. Le portrait militaire est influencé par la peinture d’histoire et de guerre. Les peintres s’inspirent donc de scènes issues de l’histoire antique, chrétienne ou qui leur sont contemporaines. Au XVIIe siècle, le portrait militaire est considéré comme le genre majeur dans la hiérarchie des genres en peinture, mais perd de son hégémonie à la fin du XVIIIe siècle. Du XVIe au XVIIIe siècle, la représentation du portrait militaire reste assez constante. Les personnages sont dépeints cuirassés, en habits militaires étincelants et richement ornés. Des attributs militaires sont parfois ajoutés à la composition. Afin d’atténuer l’aspect sombre de ces représentations militaires, le ou les personnages sont vêtus d’habits ou d’ornements colorés et/ ou clairs. Le fond du tableau peut être d’une couleur foncée ou bien « en situation » devant un champ de bataille.

Simon Vouet, né aux environs de 1590 à Paris et mort en 1649 est un peintre qui est l’un des plus grands représentants de la période baroque en France. Comme tant d’autres avant lui, il a beaucoup voyagé durant sa carrière et en 1614, il arrive à Rome, passage obligatoire pour les artistes de l’époque. Lors de son séjour à Rome il sera très influencé par le Caravage et le style clair-obscur. Intéressé par le travail de Simon Vouet et sa réputation, Louis XIII lui demande de revenir à Paris pour travailler en tant que premier peintre du Roi. En 1627, Simon Vouet rentre donc en France, accepte le titre et peint au Louvre ainsi qu’au Palais du Luxembourg sur ordre de Louis XIII et du Cardinal Richelieu. Ses derniers travaux se différencient du style clair-obscur par l’utilisation de tons plus frais et nuancés. Vouet contrôle donc grâce à son titre l’aménagement des palais royaux, forme de nombreux peintres français et met son atelier à contribution pour créer avec une institution capable de rivaliser avec l’Académie royale. Simon Vouet introduisit en France le goût des compositions amples, des perspectives théâtrales, des attitudes déclamatoires, des têtes d’expression, les poses recherchées et les couleurs brillantes. De grandes artistes de la génération suivante comme Charles Le Brun, Eustache Le Sueur, Pierre Mignard et bien d’autres ont bénéficié de son enseignement.

Ce tableau peut se décomposer en plusieurs plans et plusieurs éléments sont ici très importants. Au premier plan, on peut voir que trois personnages sont représentés, un homme en armure et deux femmes. Visuellement, la composition est en triangle, dont le sommet est marqué par la figure de l’homme. L’homme arbore une riche armure articulée qui protège le corps de la tête aux genoux il porte également des bottes munies d’éperons. Il est assis, et tient une courte canne (possiblement un bâton de commandement). Sur sa tête se trouve une couronne de laurier et il porte en écharpe l’ordre du Saint-Esprit et une étole blanche. Deux femmes sont agenouillées aux pieds de l’homme. Les deux femmes sont, elles, habillées de robes très larges, aux drapés légers. Ces femmes sont voluptueuses, on remarque la naissance de la poitrine d’une d’entre elles. Leurs habits aux tons très clairs (blanc, orange et rose pastel) créent un contraste fort avec le côté massif et imposant de l’armure de l’homme.

Comme expliqué précédemment, le second plan ou ici l’arrière-plan d’un tableau de nature militaire peut varier. Le fond du tableau peut donc être de couleur unie, « en situation » devant un champ de bataille ou comme dans le cas du tableau que nous étudions ici en extérieur, mais dans une zone géographique indéterminée. Ici un paysage verdoyant est visible, des arbres ont été représentés à la gauche de la composition. Cependant, ce n’est pas le seul élément qui compose l’arrière-plan de ce tableau : la figure de l’homme en armure est mise en avant grâce à un grand drapé rouge soyeux qui sert d’écran derrière lui. Le rouge étant une couleur forte et vive, cela permet d’attirer de suite le regard du spectateur sur la figure centrale. On note donc que la scène se passe en extérieur, probablement dans un jardin, bois ou une forêt, mais que les personnages et surtout la figure principale masculine sont assis sur une sorte d’estrade improvisée, délimitée en arrière plan par un grand drap rouge satin.

Détail 1

Ce tableau d’après Simon Vouet est loin d’être hiératique. Les personnages sont vivants, il y a un certain mouvement des divers éléments ainsi qu’une gestuelle des personnages. Commençons par étudier les divers mouvements ici représentés. L’homme est en partie assis, mais il a la jambe gauche fléchie vers l’avant, comme s’il allait se lever. De sa main gauche, il tient en l’air un bâton, tandis que de l’autre main il tient une partie de son drapé bleu. Il a sa posture tournée vers la gauche pourtant son regard se porte indéniablement vers la droite. On a l’impression qu’il esquisse un léger sourire. Concernant la femme à sa gauche, elle est assise à même le sol, aux pieds de l’homme. Son corps entier est tourné vers lui, elle le regarde, le visage levé en sa direction et lève sa main droite comme pour essayer de toucher l’homme devant elle. La femme à la droite de la composition est également au sol et a elle aussi le corps tourné vers la figure centrale. De sa main gauche, elle tient des armoiries tandis que de la main droite elle lève une partie du drapé bleu. Outre les mouvements des personnages eux-mêmes, on perçoit également un mouvement du au vent, les drapés ne sont pas rigides, ils ondulent et semblent bouger suivant les liges des corps.

Étudier les mouvements seuls n’a pas d’intérêt pour cette œuvre, les personnages dégagent également certaines émotions. L’homme en armure esquisse une sorte de sourire, sûrement de satisfaction, tandis que les deux femmes au sol abordent des émotions bien différentes. Celle à gauche semble en admiration et apaisée devant la figure centrale tandis que l’autre semble le supplier tout en ayant peur.

Détail 2
Détail 3

Simon Vouet (et son atelier) montre dans cette œuvre sa maîtrise des drapés et le sens de l’équilibre au sein d’une composition triangulaire dont la pointe supérieure est tenue par la figure du roi. En effet, cette représentation reprend de nombreux éléments picturaux présents dans d’autres portraits de Louis XIII : la moustache en croc, la barbiche en pointe, la chevelure ondulée descendant sur les épaules, l’armure ouvragée, l’écharpe blanche, le cordon et la croix de l’ordre du Saint-Esprit. Cette représentation participe ainsi à la fixation d’un modèle iconique du roi de France en roi de guerre. Simon Vouet (et son atelier) choisit cependant d’adjoindre au roi deux figures allégoriques significatives : celle de la France et celle de la Navarre. Comment peut-on les différencier ? C’est bien simple, il faut simplement prêter attention aux détails. En effet, les armoiries (simplifiées) de la Navarre sont représentées sur le tableau, auprès de la jeune femme de droite à l’air apeuré. On peut donc en déduire qu’elle représente la Navarre, tandis que la jeune femme de gauche, souriante et admirative représente la France.

Cette représentation de Louis XIII semble incarner la sublimation de l’autorité souveraine qui doit en retour susciter l’admiration immédiate des spectateurs et des sujets. Il semble aussi signifier à la postérité qu’il existe un large dessein royal destiné à imposer l’autorité souveraine et la paix à tous les sujets. Ici, Louis XIII assure sa supériorité tant sur la France, dont il est le souverain légitime, que sur la Navarre, fraîchement conquise. Cette œuvre, originellement de Simon Vouet peut s’inscrire dans un cadre artistique plus large, un programme d’iconographie politique destiné à montrer à quiconque la suprématie sur roi. Il s’agit donc ici d’une représentation de la paix souveraine.

Je conclurais cette analyse du tableau Louis XIII d’après Simon Vouet par une citation de Jean Hubac qui résume le pourquoi de la commande par Louis XIII d’un tel tableau : « La toile de Simon Vouet semble donc illustrer l’adage « une foi, une loi, un roi » qui voulait qu’une seule religion officielle – la religion catholique romaine –, une seule source du droit et un seul souverain exercent leur autorité dans le royaume de France ».

***

-Olympe-

Bibliographie :

BREJON DE LAVERGNÉE Barbara, De Simon Vouet à Charles Le Brun, Revue de l’Art, 1998, n°122. p.38-54.

LIGNEREUX Yann, Les rois imaginaires. Une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2016.

LOIRE Stéphane (dir.), Simon Vouet, actes de colloque international (Galeries nationales du Grand Palais, 5-7 février 1991), Paris, La documentation française, 1992.

THUILLIER Jacques (dir.), LAVALLE Denis, Vouet, Réunion des Musées nationaux, 1990. Catalogue de l’exposition tenue au Grand Palais du 6 novembre 1990 au 11 février 1991.

Webographie :

Anticstore Magazine, Le magazine des Arts décoratifs & des Beaux-Arts. Consulté le 16-03-20.

https://www.anticstore.com/article/portrait-militaire-xviiie-siecle

Roi de France et de Navarre. Consulté le 16-03-20.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Roi_de_France_et_de_Navarre#Historique

Simon Vouet. Consulté le 16-03-20.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Vouet

L’Histoire par l’Image. Consulté le 16-03-20.

https://www.histoire-image.org/fr/etudes/louis-xiii-couronne-victoire

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