Archéologie

-Représenter le pouvoir- Le tombeau de Virgilius Eurysaces.

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© liviaaugustae.eklablog.fr

Le tombeau de Virgilus Eurysace est daté de la fin de la période augustéenne et se trouve à l’est de la ville de Rome en Italie. Depuis le centre-ville, il faut emprunter la via Praestina ou la via Labicana ou encore traverser la porta Maggiore pour le rejoindre. Comme il s’agit d’un monument funéraire, il se situe hors de l’enceinte de la ville, dans la nécropole. Une grande partie de l’édifice a survécu aux siècles et existe toujours aujourd’hui. Cependant, la façade principale a été détruite, il n’en reste donc rien. On sait grâce aux vestiges que le tombeau était de très grande taille, en effet il mesurait plus de 7 mètres de haut. Sa forme atypique le rend particulièrement intéressant : le tombeau est de forme trapézoïdale. D’après les vestiges et les reconstitutions, le tombeau est décoré de deux registres différents : le premier registre (inférieur) qui se situe au-dessus de la base de pierre est composé de paires de colonnes interrompues par des pilastres (2 colonnes et 1 pilastre). Au-dessus du registre inférieur se trouve une corniche sur laquelle s’observe une frise gravée d’une inscription en latin. Grâce à cette inscription, nous savons que ce tombeau appartenait à un certain Marcus Vergilius Eurysaces, un « boulanger entrepreneur ». Le registre suivant (supérieur) est plus complexe, plusieurs côtés ont une façade ouverte grâce à plusieurs trous cylindriques. Sur un autre côté on trouve une niche abritant deux sculptures, ainsi qu’une plaque gravée en dessous. Au-dessus des trous et des statues se trouvent une grande frise sculptée ainsi qu’une corniche. Au vu des reconstitutions, le toit qui est aujourd’hui disparu était peut-être de forme pyramidale. Comme plusieurs endroits de ce tombeau ont été détruits, il ne nous est pas possible de savoir exactement à quoi il ressemblait auparavant.

Mais quel pouvoir ce tombeau atypique cherche-t-il à représenter? Dans un premier temps, il est nécessaire de mettre en avant le fait que ce tombeau est fait pour glorifier. Ensuite, il paraît important de mettre en avant le fait que ce monument est lié à un métier en particulier. Et pour finir, il faut mettre en avant la volonté du propriétaire de rivaliser avec les plus riches de l’époque.

Le tombeau est censé être la dernière demeure de l’homme, et est communément construit du vivant du propriétaire. À Rome, les plus grands tombeaux ont été construits par les individus de la haute société, les patriciens. Les plébéiens n’ayant que peu d’argent en général ne pouvaient pas s’offrir de tels monuments funéraires. Dans ce cas-ci, Virgilius met en avant sa gloire personnelle en se faisant construire un grand tombeau grâce à l’argent qu’il a gagné. Ce monument à lui seul met en avant la réussite financière de Virgilius. Sur une des façades, il a fait graver une inscription en l’honneur de sa femme, mais le tombeau n’était pas fait principalement pour elle. Il la met à l’honneur lorsqu’elle mourut avant lui, et en profite pour enrichir le tombeau. On y trouve donc une frise gravée, ainsi qu’ une autre plus grande et moulurée, mais également deux statues, les représentant lui et sa femme en toge.

Comment un simple boulanger a-t-il pu autant s’enrichir et se payer un tel tombeau? Le contexte de l’époque a sûrement joué un grand rôle. À la fin de la période augustéenne les temps sont toujours troublés par les guerres civiles en Italie. Virgilius en ces temps devient entrepreneur au service de l’état et obtient donc un certain nombre de commandes, ce qui va lui permettre de produire beaucoup, et donc gagner beaucoup et ce, même en temps de crise. Ce boulanger qui avait ses propres fournisseurs devient en peu de temps indispensable, le pain étant une denrée de base. Il en obtient donc un certain prestige et son métier est quasiment reconnu d’utilité publique. Vigilius était tellement fier de son métier que son tombeau entier est couvert d’allusions au métier de Boulanger. Il a donc voulu mettre en avant son métier, celui qui l’a rendu riche.

Sur le registre supérieur du monument se trouve une frise moulurée et représentant de nombreux personnages. Cette frise montre différentes scènes de la préparation du pain, et généralement du métier de boulanger. Sur cette frise, on peut voir des hommes acheter des céréales (portées dans des sortes de grandes jarres), d’autres sont en train de tamiser les céréales avant de les moudre. La frise montre aussi des hommes en train de contrôler la farine avant qu’elle soit entreposée. Une autre scène montre des hommes autour d’une machine à malaxer la farine, et d’autres sont en train de travailler la pâte précédemment obtenue. On voit sur cette frise d’autres étapes importantes comme la cuisson du pain, le stockage dans des corbeilles avant la pesée puis la vente.

Si l’on se fie à cette frise on peut se dire que Virgilius était à la tête d’un très grand atelier, presque une entreprise, avec beaucoup d’employés (ou esclaves?) tous attelés à une tache spéciale et le tout étant bien organisé et hiérarchisé. Sur cette frise sont représentés environ 40 hommes, de différentes conditions : on remarque que certains portent une tunique courte tandis que d’autres ont une toge. Cette frise nous montre donc le succès de la boulangerie de Virgilius.

La femme de Virgilus, morte bien avant lui, est mise en valeur dans ce tombeau et est placée dans une urne à l’intérieur du monument funéraire. Cependant, il ne s’agit pas d’une urne normale, mais d’une urne en forme de corbeille. Sur l’inscription en latin se trouvant sous la niche abritant les statues il est dit que la femme de Virgilius, Atistia, se trouve dans une corbeille à pain. Le fait d’assimiler la femme à une corbeille renvoie normalement à la fabrication de corbeilles en osier qui est une activité féminine, mais ici il est précisé qu’il s’agit d’une corbeille à pain, donc cela renvoie une fois de plus au métier de boulanger.

Comme expliqué précédemment, ce monument a une structure et une iconographie unique et originale. L’ensemble de la tombe fait référence à l’art de la boulangerie pourtant il arrive à s’imposer parmi les autres tombeaux des hommes riches et puissants. Il ne s’agit pas d’un petit édifice, le propriétaire a vu grand en faisant construire un tombeau de plus de 7 mètres de haut, ce qui devait représenter une certaine somme. Si sa grandeur attire le regard, c’est bien sa décoration qui en fait un tombeau unique et atypique. Même dans la mort Virgilius a voulu se mettre en avant et montrer qu’il n’est pas comme les autres. Ce qui marque particulièrement ce sont les multiples trous qui perforent la structure. Nul autre bâtiment ne ressemble à celui-ci ni ne reprend ces gros trous cylindriques ce qui en fait un tombeau unique en son genre et très personnalisé.

Le bas-relief des boulangers s’inscrit dans la lignée des bas-reliefs romains, ceux qui présentent des thématiques liées au quotidien ou aux choses historiques, au contraire des bas-reliefs grecs qui ont tendance à représenter des scènes mythologiques. Cette frise est donc représentée selon un art dit étrusque, l’art typique d’Italie. Les personnages sont représentés de façon sommaire, un peu rude. On remarque que les proportions naturelles ne sont pas respectées et il n’y a pas non plus de perspective. Cependant, cette frise rentre en désaccord avec le reste du bâtiment qui reprend certains codes de l’art officiel, autrement dit l’art grec.

Pour montrer le contraste, on peut prendre l’exemple des deux statues représentant le propriétaire et sa femme. Ces statues sont faites de marbre qui est un matériau noble. Les deux personnages sont représentés selon les critères de l’art officiel, inspirés par l’art grec. Il y a une certaine volonté de réalisme, les drapés sont finement réalisés, mais on note tout de même une certaine volonté d’idéalisation.

Plusieurs éléments semblent ne pas correspondre à la catégorie sociale du propriétaire : il est boulanger, pourtant sa femme est représentée portant une coiffe à la mode chez les dames de la haute société, typique de la période augustéenne. De plus, la position de Virgilius, le bras dans la toge est typique des représentations des membres de l’aristocratie romaine, dont il ne fait pas partie.

Il ne s’agit ici non pas de représenter un pouvoir politique, mais bien un pouvoir financier. Le propriétaire se glorifie en montrant sa richesse et s’octroie une sorte de nouveau statut qui l’élève du reste des plébéiens, dû à sa réussite professionnelle. Il a su s’enrichir grâce à son métier, chose presque exceptionnelle pour l’époque, et il en profite. Beaucoup d’éléments dans ce monument sont à la gloire du métier de boulanger et à la gloire du propriétaire qui ne lésine pas sur les dépenses pour se faire représenter comme un aristocrate.

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-Olympe-

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