Archéologie

Etude de l’article: « Les influences romaines dans l’emploi des matériaux de construction dans l’Est de la Gaule du IIème siècle av J.-C. au Ier siècle ap J.-C. (Eduens, Lingons, Séquanes, Rèmes, Tricasses et Sénons) »

L’article est un extrait des actes du 38e colloque international de l’AFEAF (Association Française pour l’Étude de l’Âge du Fer) qui s’est déroulé en 2014 à Amiens. Le sujet du colloque était : l’évolution des sociétés gauloises du Second âge du Fer, entre mutations internes et influences externes. L’article d’une quinzaine de pages s’intitule  « Les influences romaines dans l’emploi des matériaux de construction dans l’Est de la Gaule du IIe siècle av J.-C. au Ier siècle ap J.-C. (Éduens, Lingons, Séquanes, Rèmes, Tricasses et Sénons) ». L’article a été publié en 2016, dans le numéro spécial 30 de la Revue Archéologique de Picardie. Il a été rédigé par Florent DELENCRE et Jean-Pierre GARCIA.
Jean-Pierre GARCIA et Florent DELENCRE sont tous deux à l’université de Bourgogne et à travers leur article ; on peut voir qu’ils se sont spécifiquement concentrés sur cette région. Florent DELENCRE est un archéologue qui avait auparavant traité le sujet des matériaux de construction comme on le voit à travers deux de ces thèses réalisées dont l’intitulé de l’une est : « L’adoption des matériaux de construction romains chez les Éduens, les Lingons et les Sénons : un marqueur de la romanisation dans l’espace actuel de la Bourgogne ». Ces deux thèses ont été sous la direction de Jean-Pierre GARCIA.
Jean-Pierre GARCIA est professeur et archéologue orienté vers la géologie sédimentaire et la géoarchéologie. Il a soutenu de nombreuses thèses et a rédigé plusieurs documents dont les thématiques principales sont la construction des terroirs viticoles, les archéomatériaux ou encore, la géoarchéologie des sites archéologiques et des cours d’eau.
Ces deux auteurs ont donc l’habitude de traiter le sujet des matériaux de construction particulièrement dans l’est de la Gaule. Mais on peut se demander, à travers cet article, de quelle manière les auteurs parviennent à mettre en évidence l’emploi en Gaule de matériaux de construction et de techniques d’influence romaine? Et quels sont ces nouvelles techniques et matériaux?
Dans les villes construites selon les principes introduits par Rome sur le territoire des Gaules, ces matériaux étaient principalement au nombre de 4, 2 d’origine végétale, le bois et la paille, et 2 d’origine minérale, la terre (argile) et la pierre.
Concernant les toitures de tuiles en terre cuite, deux modèles étaient utilisés en association: la tuile plate à rebords ou Tegula (ce terme dérive du mot latin tegere qui signifie « couvrir »), et le couvre-joint à profil semi-circulaire, appelé Imbrex. Les tuiles sont fabriquées à partir de ressources argileuses et sableuses, ressources que l’on retrouve vers les plaines de la Saône et de la Loire.

La première mention de tuile en Gaule apparaît pour la première fois pour la période de la Tène D1b classique soit entre 125-100 av jc sur le site de Sennecé-lès-Mâcon en Saône et Loire aujourd’hui, mais sur le territoire éduen. Les structures fouillées ont été interprétées comme un établissement rural de prestige. Les archéologues  pensent que le site aurait pu être occupé par des commerçants romains, leur présence étant attestée en Gaule avant la conquête romaine. La présence de tuiles en terre cuite a aussi été attestée à Bibracte, chef-lieu du territoire éduen. La présence de tuiles est ici contemporaine à la conquête romaine.

On a découvert la présence de tuiles également sur le site de Tournus, qui s’avère être une ancienne garnison romaine bâtie au bord de la Saône. Tous ces lieux de mise en oeuvre de tuiles sont localisés le long de la Saône, ce qui permet d’envisager cette voie fluviale comme moyen de diffusion dans la région.

Pour la plupart des autres régions limitrophes, la tuile apparaît à la période augustéenne, soit vers 25 av jc. Pour les Lingons les tuiles découvertes sont localisées dans des régions riches en argile près de la Marne. Sur l’espace des Tricasses, seule l’agglomération de Troyes est concernée par une présence de tuiles.  La ville est mentionnée sous le nom de Augustobona lors de la Guerre des Gaules à partir de 58 av jc,  ce qui prouve que les Romains sont passés par là… Les Rèmes ont doté leur capitale Reims/Durocortorum de tuiles. Lors de la guerre des gaules, les Rèmes se sont alliés avec les Romains. Durocortorum devint ainsi une ville fédérée. Pour les Séquanes, les tuiles sont utilisées principalement à Besançon, ville que Jules César a envahie.
Pour les toitures en dalles sciées calcaires, en Gaule, les Romains ont été les premiers à avoir exploité le calcaire. Ils le tiraient de carrières à ciel ouvert, en gradins, ou alors dans des galeries peu profondes ne dépassant pas quelques dizaines de mètres de longueur.

Ces éléments quadrangulaires mis au jour correspondent à la mise en oeuvre d’une technique que Pline l’Ancien (Histoire naturelle, 36,159) appelle l’Opus Pauonaceum, couverture qui consistait à disposer des dalles carrées avec une pointe vers le bas de manière qu’elles se recouvrent partiellement comme des écailles.

Ce mode de couverture est fait de dalles en calcaire tendre qui sont obtenues par sciage et retouche au ciseau. La première attestation concernant l’emploi de ces matériaux date de la période augustéenne soit vers 25 av jc, bien après la conquête de la gaule par les Romains. On en retrouve dans l’agglomération de Mâlain/Mediolanum, fondée en 70 av jc. L’Ouche toute proche était alors navigable et permettait de relier le couloir de la Saône puis du Rhône où étaient importés divers produits, ce qui pourrait expliquer pourquoi les archéologues n’ont pas trouvé la source du gisement de pierre utilisé pour faire les dalles, les pierres ont dû être importées…

À partir du règne des Julio Claudiens de 14 à 69 ap jc les dalles sciées sont attestées sur le territoire des Lingons sur des sites  répartis en fonction de la richesse des plateaux calcaires. Ce mode de couverture est quand même ponctuel dans la région, et est totalement inexistant  chez les Sénons, les Tricasses et les Séquanes.

Ce procédé paraît avoir été surtout employé dans le Nord-Est de la Gaule, mais pas de manière exclusive: Ex du site de Glanum dans le Nord est de la gaule

À propos des maçonneries de briques crues, on peut ici parler de l’adobe. L’adobe est une brique de terre moulée à la main, de dimensions variable et séchée au soleil. À la différence de la technique du pisé où la terre est mise en oeuvre sur place, l’adobe peut-être fabriquée à l’avance et stockée pour une utilisation ultérieure. L’appareillage se fait brique par brique, jointes par un mortier de terre et de chaux, de même couleur.

Cette technique de maçonnerie apparaît également pour la première fois lors de la période augustéenne. Il y a peu de sites connus, les seuls sont localisés sur le territoire des Rèmes à Reims/Durocortorum et à Châlons-en-Champagne/ Durocatalaunum. Donc ces matériaux n’apparaissent pour la première fois qu’à la période gallo-romaine. Mais comme il est difficile aujourd’hui de reconnaître la présence d’anciennes briques crues sur les sites archéologiques, on peut penser qu’il y avait plus de sites concernés.

Cependant, on note la présence de briques en terre crue en dehors de ce périmètre, dans le sud-est de la Gaule, notamment à Nîmes: murs de la période augustéenne.
Pour l’emploi de la chaux dans les maçonneries, la chaux est beaucoup utilisée dans l’architecture romaine pour la mise en place des maçonneries. Cette chaux pouvait trouver un emploi dans des enduits, tant intérieurs qu’extérieurs, et être utilisée dans l’habitat privé, mais aussi dans les bâtiments publics. La chaux pouvait aussi entrer dans la confection des sols (mélangée avec d’autres éléments).

Sur le territoire des éduens, la première apparition d’édifice à maçonnerie en chaux se trouve à Bibracte. En effet, il a été avéré que l’édifice de plan basilical construit entre 50 et 30 av jc a été édifié avec de la chaux. Comme Bibracte est situé dans une région maigre en ressources calcaires, les matériaux ont été transportés sur plus de 50km. Il a été démontré que dès la période augustéenne une très grande partie du territoire éduen est touchée par la diffusion de cette technique de construction. Les premiers sites qui montrent une utilisation de la chaux pour les Séquanes, Lingons, Rèmes, apparaissent tous à la même période.

En ce qui concerne l’emploi des matériaux, on remarque des disparités selon les régions, de la Tène D1b à la période Julio-Claudienne, soit de 50 avant J.-C. jusqu’à 69 après J.-C. Ainsi, l’agencement des matériaux sera différent dans les territoires des Lingons, des Tricasses, des Rèmes, des Séquanes, des Éduens et des Sénons.
Il faut savoir que ces régions font aujourd’hui partie de l’actuelle Bourgogne ; mais pour la période qui nous intéresse, les Eduens, les Sénons et les Tricasses faisaient partie de la province lyonnaise tandis que les Séquanes, les Lingons et les Rèmes appartenaient à la province de la Belgique.

Ces « styles régionaux » s’expliquent par plusieurs critères comme l’influence précoce de Rome, les ressources locales du territoire ou encore la volonté d’importer d’autres matériaux. En effet, l’influence de Rome sur le territoire se fait déjà sentir avant la Guerre des Gaules qui se déroule entre 58 avant J.-C. et 51 avant J.-C.. Et les territoires ayant des relations proches avec le monde Romain vont être plus rapidement influencés et imiter leurs modèles de construction.

Par exemple, on retrouve les tuiles les plus précoces au IIe siècle avant J.-C, sur le territoire des Éduens qui ont une relation privilégiée avec Rome dès cette période, comme on l’observe à travers la signature d’un traité d’alliance et une monnaie commune, le denier gaulois. Après la conquête, Rome a continué à avoir une attitude favorable envers les Éduens qui vont employer des matériaux d’influence romaine dans leurs propres constructions qui seront parfois opulentes à l’image de celles présentent sur le territoire Romain.

Les « styles régionaux » sont aussi influencés par les ressources locales. Par exemple, les lignons qui ont un vaste territoire en termes de ressource géologique vont se démarquer par l’emploi de la chaux et possèdent des toitures en dalles sciées sur les plateaux calcaires, mais dans les régions où l’argile et la marne sont faciles à se procurer, les bâtiments sont en terre et bois et les en tuiles.

Les Séquanes ont également un territoire riche de ressources, ce qui fait que dans un lieu argileux (comme dans la plaine de la Saône) ; les élévations seront faites de terre et de bois, et le toit en tuiles. À l’inverse, dans les autres endroits de la région ; on retrouvera des bâtiments construits en dur, c’est-à-dire faits de murs de pierres édifiés à la chaux avec un toit là encore en tuiles.

Enfin, les « styles régionaux » sont influencés par la volonté des peuples à transporter des matériaux. Tandis que les Lingons, les Rèmes, les Séquanes et les Tricasses s’attellent à utiliser leurs propres ressources géologiques, les Éduens et les Sénons vont montrer leur capacité de transport, car ces derniers vont faire parvenir par le biais des réseaux viaire et fluviatiles et, sur de plus ou moins grandes distances des matériaux afin de les redistribuer sur leur territoire. Ces territoires seront donc caractérisés par des élévations en pierres maçonnées à la chaux, couvertes par des tuiles.
Ce cas d’importation de matériaux est facilement observable lorsque des constructions sont mises en œuvre alors que la ressource utilisée n’est pas disponible dans la région.

-Olympe-

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